• Médiapart - publié le 21 mars 2012

    Un falcon pour Blendon

     

    Encore une histoire banale de victimes de l'instabilité politique du Kosovo qui commence comme un conte de fées et tourne au cauchemar... Les parents travaillent et la famille, composée de Faton (39 ans) Pranvera (37 ans) et des jumeaux Blendi et Blendon (10 ans) mène une existence heureuse et dispose d'une qualité de vie satisfaisante : une maison à eux, une voiture, un travail pour chacun. Puis la mafia s'en mêle. En mars 2010, commencent les rackets, les menaces de kidnapping des enfants, les coups, les vols... Les plaintes déposées à la Police du village ont abouti à l'arrestation d'un des agresseurs...très vite relâché car craint par la police elle même. La famille se renferme chez elle, ne peut plus sortir tant elle a peur des représailles. Les parents arrêtent de travailler, les enfants ne sont plus scolarisés. En avril 2011, après un an d'angoisse, ils craquent, ils vendent tout, ils partent...  Ils choisissent la France, non pas parce que c'est plus facile de s'y installer ou qu'on y reçoit de bonnes allocations quand on est étrangers, mais parce qu'ils l'aiment déjà, espérant pouvoir y vivre en paix : c'est le pays des Droits de l'Homme ! Mais voilà, le Kosovo fait partie en France de la liste des pays sûrs. Leurs demandes d'asile ont été jugées par l'OFPRA (office français de protection des réfugiés et apatrides) en procédure prioritaire et, hormis l'accès à l'hébergement d'urgence, ils n'ont eu droit à aucune des prestations qui accompagnent, pour les procédures classiques, le temps d'attente de l'instruction du dossier. Mi décembre, ils ont pu bénéficier de l'AME, ce qui a permis qu'enfin Blendon, victime d'une hémiplégie à l'âge de 4 ans, puisse consulter des spécialistes et recevoir un traitement pour étirer ses muscles sclérosés. Une opération a alors été programmée pour le 21 mars, jour du printemps, au CHU de Reims. Les Gashi sont trop sages : on leur explique que, malgré la maladie de Blendon, ils ne peuvent pas retirer de dossier d'étranger malade pour être régularisés, ils n'insistent pas. En effet, depuis une nouvelle circulaire, il faut avoir séjourné durant un an sur le territoire pour le faire. Et les Gashi sont des gens dignes : ils ne veulent pas a priori utiliser le handicap de Blendon pour demeurer en France. Ils préfèrent passer par la voix « juridique » puisqu'ils ont déposé leur demande d'asile, convaincus que la France allait reconnaître leur situation, d'une précarité extrême au Kosovo où le droit des victimes n'est pas respecté. Mais non ! Etre victime d'une mafia, même si elle est le fruit de la négligence des politiques, ce n'est pas être un vrai opposant politique, estampillé, et tout, et tout... La France les déboute de leur demande : ils ne sont pas dignes de devenir des réfugiés politiques. Ils déposent alors un recours contre l'avis de l'OFPRA devant la Cour Nationale du Droit d'Asile, mais celui-ci n'est pas suspensif de L'Obligation de Quitter le Territoire Français qu'ils ont reçue, accompagnant le refus d'asile. Le 19 janvier dernier, ils sont donc arrêtés à 7h du matin, emmenés au Centre de Rétention Administrative de Metz et reconduits le lendemain, bénéficiant, les veinards, d'un avion et de 8 policiers pour eux 4 ! Une escorte royale ! Depuis, le RESF, les parents d'élèves de l'école Branly de Châlons-en-Champagne, où les jumeaux Blendi et Blendon étaient scolarisés, l'association « Ensemble pour Blendi et Blendon » fondée en février, se mobilisent. Chaque samedi les Châlonnais manifestent d'abord pour que les accents de leur soutien arrivent jusqu'à la famille qui vit cloîtrée à Pristina, dans la peur d'être retrouvée par ses anciens agresseurs. De plus en plus nombreux, les sympathisants rejoignent la mobilisation, une vague de solidarité sans précédent dans cette ville se constitue autour de cette histoire, la presse locale relaie, les services de la Préfecture observent les manifestations avec attention.
    Mercredi, nous serons le 21 mars et Blendon n'est pas là pour subir l'intervention chirurgicale qui était prévue à Reims. Symboliquement, c'est le jour que la famille a choisi pour déposer sa demande de visa médical au consulat de Suisse au Kosovo (il gère les affaires françaises). Symboliquement aussi, ce même jour, les Châlonnais seront à nouveau réunis pour une manifestation de soutien qu'ils ont voulu baptiser : « Un nouveau printemps pour Blendon »
    Le secrétaire général de la Préfecture qui a d'abord implicitement rendu responsables de la reconduite, les associations qui n'auraient pas fait leur travail d'alerte, a décidé de dialoguer avec le RESF. Des membres du réseau ont été reçus deux fois déjà en Préfecture. Le secrétaire général affirmait lors de la dernière entrevue le 27 février dernier qu' « aucune difficulté ne sera faite du côté des services de la préfecture pour accueillir Blendon, si les démarches sont exécutées dans les règles. »
    Nous y sommes ! Et nous souhaitons vivement que parole soit tenue et que Blendon soit de retour au plus vite, car, malheureusement, les bénéfices du traitement qu'il a reçu se sont déjà estompés et la maladie regagne du terrain. Nous nous souvenons de Ardi Vrenezi, polyhandicapé, expulsé en mai 2010, qui a pu revenir en juillet 2011, grâce à une énorme mobilisation. Aujourd'hui, le retard pris dans l'administration des soins rend son état de santé extrêmement précaire, sa pathologie a tragiquement évolué.
    Nous ne voulons pas qu'il en soit de même pour Blendon Gashi. Le Président de la République Française a pu utiliser en février un falcon aux frais de l'Etat pour rapatrier d'Odessa son fils malade. Ce que la France peut pour l'un, elle doit le pouvoir aussi pour l'autre... Nous exigeons que Blendon revienne au plus vite de Pristina pour être soigné.
    Tribune cosignée par le RESF 51 et les membres de l'Association « Ensemble pour Blendi et Blendon »


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